Jeudi, je suis allée chez mon collègue Do, pour partager un nouveau repas de Têt. L'après-midi, nous nous sommes rendus au festival de la cité ancienne de Co Loa. J'y étais déjà allée l'année dernière à l'occasion du Têt aussi donc vous trouverez déjà quelques commentaires et photos. Mais l'année dernière, quelques jours avant le Têt, la citadelle était déserte. Cette année, au 5e jour après le Têt, c'était l'heure du festival. 

Tout comme je l'avais remarqué pour le marché des amours à Moc Chau, les festivals au Vietnam ressemblent à nos foires: une foule joyeuse, de la nourriture partout, des tas de petits stands qui vendent des souvenirs et des pacotilles diverses, quelques espaces pour s'assoir et se restaurer, des jeux et surtout, plein de choses que les enfants peuvent réclamer!!!

Bon au delà de l'aspect "foire", le festival du Têt à Co Loa est avant tout pour célébrer la nouvelle année et prier pour qu'elle soit bonne. Tout le monde circule donc entre les multiples temples et pagodes pour déposer encens, offrandes et billets neufs. Nous avons aussi assisté à un sorte de cérémonie de prière où plusieurs femmes vêtues de tenues traditionnelles assorties se sont agenouillées face au temple pour s'incliner à plusieurs reprises, accompagnées de musique traditionnelle. C'était joli à voir et je pense que c'était l'objectif principal de la démonstration. Do m'a dit que les femmes étaient celles en charge des temples de la citadelle. Un peu plus loin, sur un étang, un groupe de femmes chantaient des mélodies anciennes debout sur une sorte de gondole en forme de dragon. Les spectateurs sur le bord de l'étang tendaient le bras à leur passage pour déposer quelques billets dans leur panier. 

A part cela, le festival est surtout une occasion de se détendre et de profiter de l'animation de la fête. Alors que les familles gâtent les jeunes enfants de friandises et de petits jouets, les jeunes filles vont encourager les jeunes garçons qui tentent leur chance sur la balançoire en bambou. Oui je sais, ça parait drôle mais il s'agit d'une grande balançoire traditionnelle qu'on actionne seul ou à deux, debout sur la tige de bambou centrale. Nous en avions vue une chez Nhung et elle a essayé avec son cousin, prouvant ainsi que ça n'avait rien de facile!

Durant cette journée que j'ai souris à deux reprises de l'immense fossé entre nos cultures. La première était pendant le repas. Alors que tout le monde mangeait, le beau-frère de Do a demandé du poulet bouilli, anormalement absent de la table. Ly, la femme de Do, est alors allée chercher quelques restes de cette viande dans le frigo: un morceau de carcasse, les serres, et un tête de coq, bouillis et froids. Je doute que cette description fasse envie à aucun français, n'est ce pas? Eh bien à un vietnamien, si. Le beau frère de Do a commencé à s'attaquer à une serre blanche alors que son fils, haut de 4 ou 5 ans, à réclamé avec insistance un morceau. Tenez vous bien, son père lui a donné la crête du coq! Le gamin ravi est parti déguster sa friandise dans un coin... Par la suite, il est venu à deux reprises se saisir de la seconde serre puis de la tête qu'il a avec intérêt. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas!

La seconde, c'est lorsqu'en écoutant vaguement la conversation entre différents membres de la famille de Do, j'ai entendu qu'ils parlaient de moi, de la France et des étrangers en général. J'ai écouté plus attentivement et ça m'a beaucoup amusé d'entendre la tante de Do affirmer avec un air presque indigné que les occidentaux ne mangeaient pas de "Banh Trung" (gâteau de riz gluant traditionnel du Têt) pour leur Têt! Cette évidence avait l'air d'être tellement absurde pour eux! Et de là, je me suis rappelée qu'en France aussi, les gens qui n'ont jamais voyagé peuvent faire ce genre de remarques: "Et là bas, tu manges comme nous?" ou encore les airs choqués que suscitent des remarques comme "les vietnamiens ne fêtent pas Noël" ou "les vietnamiens ne mangent pas de fromage"... 

Au final, ces deux petits détails m'ont rappelé que malgré nos différences de culture, nos réactions n'étaient pas si lointaines: ce qui est propre à notre culture nous parait des évidences que tout le monde devrait connaître. Bien évidemment, plus on côtoit d'autres cultures, plus on découvre que ce que nous considérons comme naturel n'est pas forcément universel.